Trouver le chemin qui mène au caractère
David Brooks
Commentateur politique et culturel et chroniqueur d’opinion
22 octobre 2019
Commentateur politique et culturel et chroniqueur d’opinion
22 octobre 2019
Ce dont j’ai parlé aujourd’hui est quelque chose qui semble apolitique – ce n’est pas une question de démocratie ; il s’agit simplement de se voir les uns les autres.
Nous sommes toujours prêts à améliorer nos traductions. Si vous avez des suggestions, écrivez-nous à speeches.fra@byu.edu.
Je vais parler un peu de certaines des choses que j’ai apprises dans ma vie sur la façon de mener une bonne vie morale et ensuite parler du genre de citoyens que je pense que nous devons tous être pour avoir une bonne culture démocratique et un caractère démocratique sain.
Ma vie a commencé de manière imprévisible. J’ai grandi à Greenwich Village dans les années 1960, avec des parents plutôt de gauche. Quand j’avais cinq ans, ils m’ont emmené à un « Be-In », où les hippies allaient juste pour le fait d’exister. L’une des choses qu’ils ont faites au « Be-In » consistait à mettre le feu à une poubelle et à y jeter leurs portefeuilles pour démontrer leur libération de l’argent et des choses matérielles. J’ai vu un billet de 5 dollars en feu dans la poubelle, alors je me suis détaché de la foule, j’ai plongé la main dans le feu, saisi l’argent et je me suis enfui. C’était mon premier pas vers la droite.
Quand j’avais sept ans, j’ai lu un livre sur l’ours Paddington et j’ai décidé que je voulais devenir écrivain. Je me souviens qu’au lycée, j’étais déjà profondément passionné par l’écriture. Je voulais sortir avec une femme qui s’appelait Bérénice. Elle ne voulait pas sortir avec moi ; elle voulait sortir avec un autre garçon. Et je me souviens d’avoir pensé : « Mais à quoi elle pense ? J’écris bien mieux que ce type. » Mais telles étaient ses valeurs.
Puis, quand j’avais dix-huit ans, les responsables des admissions des universités de Columbia, Brown et Wesleyan ont décidé que je devais aller à l’université de Chicago. Le dicton à propos de l’université de Chicago comme étant un endroit très sérieux et cérébral est : « C’est une institution baptiste où des professeurs athées enseignent Saint-Thomas d’Aquin à des étudiants juifs. » Ils portent des T-shirts où l’on peut lire : « Bien sûr, ça marche dans la pratique, mais est-ce que ça marche en théorie ? » Donc c’était une université super intellectuelle. Et j’étais une personne assez cérébrale à cette époque. Je me suis spécialisé en histoire et en célibat pendant que j’étais à Chicago.
Mais le grand tournant de ma vie a eu lieu là-bas, lorsque William F. Buckley, un chroniqueur éminent, est venu sur le campus. J’ai écrit une parodie très méchante à propos de lui comme étant un vantard qui citait sans cesse des noms célèbres, ce qu’il a apparemment trouvé drôle, parce qu’à la fin de son discours, il a dit au corps étudiant : « David Brooks, si vous êtes dans le public, j’aimerais vous proposer un poste. » Malheureusement, je n’étais pas dans le public. Mais je l’ai appelé trois ans plus tard, et le poste était toujours disponible et tout était en place pour moi.
Ma carrière a suivi une trajectoire assez stable et très ennuyeuse. Je suis chroniqueur conservateur au New York Times, un poste que je compare à celui d’un grand rabbin à La Mecque. Je fais une émission sur la chaîne PBS appelée The News Hour [L’heure des infos], qui est une très bonne émission auparavant animée par Jim Lehrer. C’est une émission qui, je pense, a beaucoup de civilité et de bonnes valeurs. Mais c’est pour un certain public averti. Alors, si une dame de quatre-vingt-treize ans vient me voir à l’aéroport, je sais ce qu’elle va me dire : « Je ne regarde pas votre émission, mais ma mère l’adore. » Nous avons beaucoup de succès dans le milieu des soins palliatifs.
Ensuite, j’ai commencé à écrire et à lire des livres. Et au fur et à mesure que j’ai écrit et lu plus de livres en vieillissant, je suis devenu plus sensible, plus féminin. Je suis le seul homme américain à avoir terminé le livre Mange, Prie, Aime 1 si vous vous souvenez de ça. À la page 123, je commençais même à allaiter, ce qui m’a surpris.
Il y a quatre ans, j’ai écrit un livre intitulé The Road to Character [Le chemin qui mène au caractère]2 ; c’est un livre sur le caractère. Et j’ai appris que l’on ne développe pas un bon caractère en écrivant un livre sur le caractère et que l’on ne communique pas un bon caractère même en lisant un livre sur le caractère. Mais l’on peut développer un bon caractère en achetant un livre sur le caractère, alors je vous recommande de le faire.
Quand on avance dans la vie, le côté professionnel de la vie, on chemine avec un certain ensemble de valeurs. On prend des enfants qui commencent avec l’intensité de la vie et on les introduit dans le processus d’admission à l’université, ce qui leur enseigne que le statut et la réussite sont au centre de la vie. Puis ils sortent et mènent le genre de vie que j’ai mené, c’est-à-dire une vie dans la méritocratie, essayant de réussir, d’accomplir des choses, d’apporter leur contribution et de se forger une identité.
Cette méritocratie nous apporte beaucoup de succès. En conduisant depuis Salt Lake City, il y a plein de grandes entreprises qui bordent l’autoroute. Elles méritent d’être saluées et honorées. Mais il y a des choses dans la méritocratie qui, si prises telles quelles, sans aucun autre système moral, sont en fait des mensonges.
Le premier mensonge de la méritocratie est que le succès professionnel apporte le bonheur. Je suis la preuve vivante que ce n’est pas vrai.
Le deuxième mensonge de la méritocratie est celui de l’autosuffisance, c’est-à-dire que l’on peut se rendre heureux par soi-même ; que si l’on peut remporter une victoire de plus, perdre cinq kilos ou devenir vraiment bon en yoga, on sera heureux. Si l’on demande aux gens à la fin de leur vie ce qui les a rendus heureux, ce n’était pas l’autosuffisance ; c’étaient les moments de dépendance totale, où ils étaient totalement dépendants de quelqu’un d’autre et quelqu’un d’autre était totalement dépendant d’eux.
Le troisième mensonge est que la vie est un voyage individuel. On achète aux enfants ce livre intitulé Oh, the Places You’ll Go! [Oh, les endroits où tu iras !]3 par Dr Seuss. On retrouve dans ce livre un enfant pris individuellement qui a obtenu un diplôme universitaire, et sa vie est une série d’expériences sur le chemin du succès. Il n’a pas d’amis, il n’a pas de relations et il n’a pas de liens, parce que l’on considère la vie comme un parcours individuel. Si l’on donne ce livre à des groupes d’immigrants, ils le détestent, car ce n’est pas la vie telle qu’ils la vivent.
Le quatrième mensonge est que l’on peut créer sa propre vérité, que l’on doit trouver sa propre vision du monde, que la vérité n’est pas quelque chose en dehors de soi, enfermée dans l’ordre naturel de l’univers et qu’elle est quelque chose créée par soi-même. Si l’on dit aux gens qu’ils doivent créer leur propre vérité, très souvent ils ne seront pas en mesure de le faire.
Il y a plus de mensonges provenant de la méritocratie : la culture de la méritocratie est que l’on est ce que l’on accomplit et que l’on gagne de la dignité et du respect en s’attachant à des marques prestigieuses. Le sentiment de la méritocratie est l’amour conditionnel : l’on doit mériter d’être aimé. L’anthropologie de la méritocratie est que l’on n’est pas une âme à sauver, on est plutôt un ensemble de compétences à maximiser. Et le grand mensonge à la tête de la méritocratie qui est vraiment nuisible est que les personnes qui ont accompli plus valent plus que les autres. Si l’on veut déchirer la société, c’est un bon mensonge à introduire.
Il y a quelques années, il y avait une garderie israélienne qui avait un problème : les parents arrivaient en retard pour récupérer leurs enfants. Alors, on a imposé des amendes aux parents qui arrivaient en retard. Le nombre de parents qui arrivaient en retard a doublé. C’est parce qu’avant, récupérer son enfant à temps était une responsabilité morale envers l’enseignant afin que celui-ci puisse rentrer à la maison. Une fois l’amende imposée, ce n’était plus une responsabilité morale ; c’était une transaction économique. On avait enlevé l’angle moral et l’on l’a remplacé par un angle économique . Au cours de la vie quotidienne, notre société parvient assez bien à enlever l’angle moral et à nous aider à voir la vie sous un angle économique, ce qui nous rend insensible sur le plan moral.
C’est certainement ce qui s’est passé dans ma vie en ayant beaucoup plus de succès professionnel que je ne l’aurais jamais pensé. J’écrivais, et l’écriture est un métier solitaire. Et puis, quand j’ai réussi, j’ai découvert que c’était encore plus solitaire. Pour The Road to Character, j’ai fait une tournée pendant quatre-vingt-dix-neuf jours consécutifs, et j’ai mangé quarante-deux repas consécutifs seul dans un aéroport, dans un avion ou dans un hôtel. Quand la vie est comme ça, l’on est complètement déraillé. Vers cette époque, j’ai vu une photo de Britney Spears qui, à un moment donné, avait un peu pété un câble et s’était rasé tous les cheveux. Et je me suis dit : « Ouais, je pourrais faire ça. J’en suis là. »
Au cours de sa carrière, rien qu’en vivant sans but et en accordant trop d’attention aux mensonges de la méritocratie, on en vient à désirer les mauvaises choses. On désire la réputation et, au moins dans mon cas, on en vient à idolâtrer le temps. On valorise la productivité plutôt que les personnes. Au lieu de s’engager dans des relations profondes avec les gens, on a toujours une horloge en tête : « Oh, je dois faire ceci, je dois faire cela, et je dois faire cela. » Et donc l’on glisse en quelque sorte entre les gens.
Le salaire du péché est le péché. Mon propre fossé est survenu en 2013. Mes enfants avaient quitté la maison ou partaient pour l’université. Mon mariage avait pris fin. Mes amitiés étaient dans le mouvement conservateur, et je ne faisais plus partie de ce mouvement. J’habitais seul dans un appartement, sans inviter personne, essayant de m’en sortir. Le workaholisme est une excellente façon d’éviter tout problème spirituel et émotionnel. Parce que je n’invitais personne chez moi, si l’on allait dans ma cuisine et que l’on ouvrait le tiroir où il aurait dû y avoir des couverts, il n’y avait que des Post-It. Et si l’on ouvrait le tiroir où il aurait dû y avoir des assiettes, il n’y avait que des fournitures de bureau. Je ne faisais que travailler. Et je subissais la conséquence logique de la méritocratie culturelle, qui consiste à être détaché des autres, une monade solitaire gravissant les échelons.
Alors que je souffrais de cela, beaucoup d’autres personnes en souffraient aussi : 35 pour cent des Américains âgés de plus de quarante-cinq ans disent qu’ils sont chroniquement seuls. L’organisation religieuse connaissant la plus forte croissance est sans affiliation. Le mouvement politique connaissant la plus forte croissance est sans affiliation. Depuis 1999, le taux de suicide a augmenté de 30 %. Depuis 2011, le taux de suicide chez les adolescents a augmenté de 70 %. Le taux de dépression parmi les étudiants universitaires a doublé au cours des dix dernières années. Il y a beaucoup de gens qui se sentent très seuls, très isolés et très effrayés. Et c’est en partie à cause de la culture de la méritocratie.
Cela s’explique en partie par Internet. Internet est une source de mauvaise communication. On ne communique pas à partir de son cœur et de son âme sur Internet ; on communique à travers son amour-propre, à travers la comparaison. Ma vie est meilleure que la tienne – voilà Instagram. Tes opinions sont plus stupides que les miennes – voilà Twitter. On n’est pas programmé, et l’on n’a pas été créé pour communiquer à ce niveau superficiel.
D’une manière ou d’une autre, nous sommes entrés dans une ère de mauvaises généralisations. Nous ne nous voyons pas bien les uns les autres. Les libéraux le croient. Les évangéliques le croient. Les saints des derniers jours le croient. Tous les groupes, tous les stéréotypes, toutes les mauvaises généralisations – nous ne voyons pas le cœur et l’âme de chaque personne, seulement un tas de mauvaises étiquettes. Pour moi, c’est le problème central auquel notre caractère démocratique est confronté. Beaucoup des grands problèmes de notre société sont causés par le fait que les gens ont le sentiment de ne pas être vus ni connus. Les noirs sentent que leur expérience quotidienne n’est pas comprise par les blancs. La population rurale ne se sent pas vue par les élites côtières. Les jeunes déprimés ne se sentent compris par personne. Les gens de tous côtés politiques se mettent en colère les uns contre les autres et se sentent incompris. Les employés se sentent invisibles au travail. Des maris et des femmes vivent dans des mariages brisés et se rendent compte que la personne qui devrait les connaître le mieux n’en a pas la moindre idée.
Pour moi, la caractéristique démocratique fondamentale que nous devons tous développer est de nous voir les uns les autres en profondeur et d’être vus en profondeur. C’est une question d’épistémologie, de compréhension mutuelle.
John Ruskin, un de mes héros, a dit :
La plus grande chose qu’une âme humaine puisse faire dans ce monde, c’est de voir quelque chose et de dire ce qu’elle a vu d’une manière claire. Des centaines de personnes peuvent parler pour celle qui peut penser, mais des milliers peuvent penser pour celle qui peut voir4.
Quand on y pense, il y a une compétence au centre de toute famille, entreprise, classe, communauté, université ou nation en bonne santé : la capacité de voir quelqu’un d’autre en profondeur, de connaître une autre personne intimement et de lui donner le sentiment d’être entendue et comprise.
J’ai passé beaucoup de temps à me demander : « Quelle est cette compétence ? Comment devient-on bon dans ce domaine ? » Ce n’est pas une compétence intellectuelle détachée ; c’est une forme émotionnelle de connaissance. Notre maître ici est saint Augustin, qui a dit que la connaissance est une forme d’amour5. L’amour est une concentration d’attention. L’amour est un état de motivation pour en apprendre davantage sur quelqu’un d’autre. L’amour est une force qui pousse à être en harmonie avec autrui. Nous séparons le cœur de la tête, mais Augustin ne l’a jamais fait.
Dans la Bible, il y a de nombreux cas différents où des personnes ont été mal perçues et mal comprises. Dans Luc, Jésus n’a même pas été reconnu par ses propres disciples. Dans la parabole du bon Samaritain, le Lévite a vu l’homme blessé au bord de la route, mais il ne l’a pas vraiment vu. Seul un Samaritain l’a réellement vu. Ces cas dans la Bible illustrent toujours différentes sortes de reconnaissance.
Le mot biblique pour « connaître » en hébreu est yada, et il a des dizaines d’usages différents qui traversent les lignes de notre tête et de notre cœur, allant des rapports sexuels à la loyauté envers quelqu’un, en passant par le fait de contracter une alliance avec autrui. La Bible est donc écrite dans un langage qui met la connaissance profonde et l’émotion profonde au cœur de ce que nous faisons.
J’ai essayé d’étudier des gens qui sont vraiment doués pour voir les autres, les connaître et leur donner le sentiment d’être connus. J’ai une interaction à l’Aspen Institute qui s’appelle Weave (Tisser) : Le Social Fabric Project [Projet de tissu social]. Nous parcourons le pays et rencontrons des personnes qui sont douées pour établir des communautés ou des relations. Nous les appelons des tisserands. Ce sont des génies pour faire en sorte que l’on se sente écouté et compris. C’est ce qu’elles font. Je regarde comment elles s’y prennent.
1. Les tisserands prennent racine
Une des choses que font les tisserands est de prendre racines quelque part. Ils ne viennent de nulle part ; ce ne sont pas des cosmopolites. Ils ont choisi un coin de terre qui leur importe vraiment et ils savent d’où ils viennent. Ils savent qui sont les leurs. Ils sont enracinés.
J’ai rencontré une femme qui s’appelle Aiesha Butler. Aiesha vivait à Englewood, un quartier difficile à Chicago, et elle allait déménager parce que c’était dangereux et elle avait une fille de neuf ans. Le jour où elle déménageait, elle a regardé de l’autre côté de la rue et a vu une fille en robe rose qui jouait avec des bouteilles cassées dans une parcelle vide. Elle s’est tournée vers son mari et lui a dit : « Nous n’allons pas laisser ça. Nous n’allons pas être une famille de plus qui est partie. »
Aiesha a pris racine à Englewood. Elle a cherché sur Google « bénévole à Englewood », et elle n’a cessé de faire du bénévolat. Maintenant, elle y dirige la grande organisation communautaire, et si l’on va dans les magasins à Englewood, il y a des T-shirts sur lesquels on peut lire : « Fière fille d’Englewood » ou « Fier fils d’Englewood ». Elle s’est engagée envers un lieu.
Un de mes héros est un homme qui, je l’espère, est aussi votre héros, un pseudo-Messie, Bruce Springsteen. Bruce Springsteen a grandi dans un endroit appelé Freehold près d’Asbury Park, au New Jersey. Ses deux premiers albums n’ont pas eu de succès. Son troisième album, Born to Run [Né pour courir], a été un grand succès sensationnel. La prochaine étape logique pour lui aurait été de viser haut et de devenir une superstar mondiale en produisant un album qui pourrait plaire à tout le monde. Il a fait exactement le contraire. Il est retourné à Freehold, au New Jersey, à Asbury Park, au New Jersey, et a fait un petit album épuré sur ce qui lui importait le plus : les gens de ces villes et leur souffrance. Il s’est enraciné.
Il y a quelques années, j’étais à Madrid au grand stade de football du Real Madrid pour un concert de Bruce Springsteen. J’ai regardé les jeunes présents au concert, et ils portaient des T-shirts affichant « Stone Pony », qui est un bar à Asbury Park, « Highway Nine », qui est une autoroute qui passe par Freehold et « Greasy Lake », qui est un lac près de là. Springsteen, comme William Faulkner et tant de grands artistes, a créé son propre environnement.
Les tisserands s’implantent ; ils s’enracinent. Et le public vient à eux. Le public veut savoir que l’on a des racines et que l’on est enraciné.
Au milieu de ce concert, j’ai vu 65 000 jeunes crier : « Né aux États-Unis. Je suis né aux États-Unis. »
Et je me suis dit : « Non, c’est faux. » Mais ils sont venus voir Springsteen.
2. Les tisserands sont des explorateurs sociaux audacieux
Deuxièmement, les tisserands sont des explorateurs sociaux audacieux. Une de mes expressions préférées vient de la psychologie. Selon elle, toute la vie est une série d’aventures audacieuses à partir d’une base sûre6. Les tisserands savent qui ils sont, et ils ont pris racine. Ils ont donc la sûreté pour partir à l’étranger. Beaucoup des tisserands que nous admirons aiment être la seule personne comme eux dans la pièce.
Il y a une femme qui s’appelle Sarah Heminger qui est l’une de nos tisserandes préférées. Elle a grandi dans l’Indiana. Son père faisait partie d’une église, et il a découvert que leur pasteur détournait de l’argent, alors il l’a signalé. Au lieu d’évincer le pasteur, la congrégation a rejeté Sarah et sa famille. Pendant huit ans, on ne l’a pas invitée à des fêtes. Parfois, lors des fêtes de Noël chez sa grand-mère, son frère et elle devaient s’asseoir dans une autre pièce parce qu’on les évitait. Elle savait ce qu’était le véritable isolement.
Puis elle s’est rendue à l’université Johns Hopkins. Alors qu’elle prenait le bus à Baltimore, elle a vu des enfants à l’extérieur de l’école – des jeunes afro-américains – et elle s’est dit : « Je sais exactement ce qu’ils ressentent. Je reconnais cet isolement. » Sarah passe maintenant sa vie à aider ces enfants, des personnes complètement différentes d’elle, une fille blanche du Midwest. Mais les tisserands prennent plaisir à être avec des personnes complètement différentes d’eux-mêmes, à créer ce lien humain et à faire preuve de transparence.
3. Les tisserands sont émotionnellement transparents
Le troisième point fort des gens qui connaissent les autres en profondeur est qu’ils sont émotionnellement transparents. Il y a quelques années, en 2015, ma femme et moi avons été invités chez un couple nommé Kathy et David. Il y a des années, Kathy et David avaient un ami dans les écoles publiques du district de Columbia qui avait un ami appelé James. La mère de James avait des problèmes de santé et d’autres soucis, et James n’avait souvent rien à manger et nulle part où aller. Kathy et David ont dit : « Eh bien, James peut rester avec nous. »
James avait aussi un ami, et cet ami avait lui-même un ami, qui avait à son tour un ami. Au moment où je suis allé à la maison de Kathy et David en 2015, il y avait une quarantaine d’enfants à table pour le dîner, et quinze dormaient dans différentes maisons. Ils avaient créé une grande famille de cœur .
Je suis entré, un homme blanc réticent d’âge moyen, et j’ai tendu la main pour serrer celle de l’un des enfants. Il a dit : « On ne serre pas vraiment la main ici. On se fait des câlins ici. »
Je ne suis pas le plus grand adepte des câlins sur la surface de la terre, mais nous y sommes retournés et sommes devenus une partie de cette communauté au cours des quatre dernières années. Et nous faisons des câlins à quarante personnes en entrant et à quarante personnes en sortant.
Les enfants rayonnent de transparence émotionnelle envers vous, et ils exigent que vous soyez émotionnellement transparent. Ils vous transforment en une personne différente. L’homme réticent qui est un peu froid devient soudainement assez doué pour exprimer ses émotions en se faisant bombarder d’émotions.
Une fois, j’y ai emmené ma fille. Elle a dit : « C’est l’endroit le plus chaleureux où j’aie jamais été dans ma vie. Et l’on y fait de vous une personne beaucoup plus ouverte. »
J’étais à un festival il y a quelques semaines. On nous a donné les paroles d’une chanson et l’on nous a dit : « Choisissez un étranger dans le public et chantez cette chanson dans les yeux de cette personne. » Il y a trois ans, j’aurais eu un AVC. Mais maintenant, je peux être un peu plus ouvert parce que j’ai été formé par ces enfants.
4. Les tisserands exploitent bien leur souffrance
La quatrième chose que font les tisserands qui leur permet de connaître les autres et d’être connus en profondeur est d’apprendre à bien exploiter leur souffrance. Nous avons tous des moments de souffrance, mais ces moments peuvent soit nous briser, soit nous ouvrir. Certaines personnes sont brisées. Elles construisent une coquille fragile sur la partie d’elles-mêmes qui souffre et elles se replient sur elles-mêmes. Elles ont peur d’être touchées. Ces personnes s’en prennent généralement aux autres avec colère et ressentiment. Il y a un dicton qui dit que la douleur qui n’est pas transformée se transmet7.
Mais d’autres personnes sont forcées à s’ouvrir. Elles deviennent de plus en plus vulnérables et plus ouvertes. Elles mènent leur vie à un niveau plus profond. Le théologien Paul Tillich a dit que les moments de souffrance interrompent notre vie et nous rappellent que nous n’étions pas la personne que nous pensions être. Ils creusent à travers ce que l’on pensait être le plancher du sous-sol de son âme et révèlent une cavité en dessous, puis creusent à travers cela et révèlent une autre cavité en dessous. On se voit alors plus profondément de ce qu’on aurait jamais pu imaginer, et lorsque l’on voit ces profondeurs, on réalise que seule la nourriture spirituelle et émotionnelle peut combler ces vides. On commence alors à mener sa vie à un niveau plus profond8.
J’avais une amie qui m’a dit que lorsque sa première fille est née, elle s’est rendue compte qu’elle l’aimait plus que l’évolution ne l’exige. J’ai toujours aimé cela parce que cela parle à ce niveau plus profond. Nous faisons certaines choses pour transmettre nos gènes, mais quelque part dans les profondeurs de nous-mêmes se trouve un niveau enchanté où nous pouvons trouver notre capacité illimitée à prendre soin les uns des autres.
L’une des tisserandes que nous avons rencontrées dans l’Ohio s’appelle Sarah Atkins. Il lui est arrivé la pire chose qu’il soit possible d’imaginer. Elle était sortie brocanter avec sa mère. Lorsqu’elle est rentrée à la maison ce dimanche soir-là et a ouvert la porte, elle s’attendait à voir ses enfants et son mari. Elle a dit : « Je suis rentrée. Maman est rentrée. » Il n’y a pas eu de réponse. Un matelas couvrait la porte menant au sous-sol. Elle pensait qu’ils jouaient à cache-cache, alors elle est vite descendue. Elle a vu son mari affaissé. Quand elle a regardé le canapé, elle a vu son enfant entouré de ce qui ressemblait à du chocolat. Elle l’a senti, et il était devenu froid. Son mari avait tué leurs enfants et s’était suicidé.
Maintenant, elle mène sa vie entièrement dédiée au service. Elle aide les femmes qui ont souffert de violence. Elle opère une pharmacie gratuite. Elle enseigne à l’université de l’Ohio. Sa vie est faite de réceptivité et de bienveillance. C’est quelqu’un qui a souffert d’une façon inimaginable, et pourtant elle vit avec ce que Richard Rohr appelle « une tristesse brillante9 ». Elle a vu le pire du monde, mais il y a une lumière et un humour en elle, et il y a de l’agape, un amour désintéressé qu’elle donne.
Elle m’a dit : « Je le fais parce que je suis en colère contre lui. Quoi qu’il ait essayé de me faire, il n’y parviendra pas. Je vais faire une différence dans le monde. » C’est quelqu’un qui mène sa vie ouvertement, car tout ce qu’elle avait à perdre, elle l’a perdu, et elle a décidé d’être ouverte malgré tout.
Quand on regarde ces tisserands et à quel point ils sont bons pour voir les autres, on se rend compte que le fait de voir en profondeur est tellement difficile. Et pourtant, si l’on regarde autour de soi, cela arrive tout le temps.
J’ai une amie dont la fille avait des difficultés lorsqu’elle était en CE1. L’instituteur lui a dit : « Tu sais, tu es vraiment douée pour réfléchir avant de parler. » À ce moment-là, la jeune fille s’est sentie connue, respectée et comprise, et cela a changé toute son année parce que l’instituteur l’avait vue en profondeur.
Ma femme, Anne, a écrit un livre, et l’un des chapitres de celui-ci parle d’un endroit appelé l’Oaks Academy à Indianapolis. L’un des petits enfants là-bas faisait des bêtises, et l’instituteur lui a dit : « Je me demande si ta conscience est devenue vraiment, vraiment petite. » L’enfant ne savait pas ce qu’était une conscience, mais il savait qu’il ne voulait pas en avoir une petite10. Les grands enseignants ont la capacité de regarder et de voir leurs élèves en profondeur.
Les grands amis ont aussi cette capacité, et les grands conjoints ont cette capacité. J’ai souvent pensé à un moment qui s’est passé il y a quelques semaines. Ma femme, Anne, était près de la porte d’entrée de notre maison et la porte était ouverte. Il se trouve qu’elle regardait une orchidée que nous avons près de la porte d’entrée. J’ai levé les yeux de ce que je faisais et j’ai juste vu sa silhouette alors qu’elle contemplait l’orchidée. C’était un de ces moments bizarres que vivent les conjoints, et je me suis dit : « Ouah, je la connais vraiment. » C’était un de ces moments où la réalité s’arrête et où l’on prend conscience d’une profondeur qui existe dans les moments ordinaires de la vie et du délice de connaître quelqu’un en profondeur et aussi du délice quand on est vu par quelqu’un.
Les liens qui peuvent se créer entre les gens sont vraiment incroyables. J’avais une connaissance qui s’appelait Douglas Hofstadter, qui est un chercheur en science cognitive de l’université d’Indiana. Il était en congé sabbatique avec sa femme, Carol, et leurs deux enfants, alors âgés de trois et cinq ans, lorsque Carol est décédée subitement. Il gardait une photo de Carol sur la commode dans sa chambre, et il la regardait tous les jours.
Mais un jour, il l’a regardée avec une attention particulière, et il a écrit sur ce qu’il avait ressenti :
J’ai regardé son visage et j’ai regardé si profondément que j’ai senti que je me retrouvais derrière ses yeux, et tout d’un coup, je me suis retrouvé à dire, alors que mes larmes coulaient : « C’est moi ! C’est moi ! » Et ces mots simples m’ont rappelé beaucoup de pensées que j’avais eues auparavant, sur la fusion de notre âme en une entité de niveau supérieur, sur le fait qu’au cœur de nos deux âmes se trouvaient nos espoirs et rêves identiques pour nos enfants, sur l’idée que ces espoirs n’étaient pas des espoirs séparés ou distincts mais ne faisaient qu’un espoir, une chose claire qui nous définissait tous les deux, qui nous soudait en une unité, le genre d’unité que j’avais vaguement imaginée avant d’être mariée et d’avoir des enfants. Je me suis rendu compte alors que, bien que Carol soit morte, cette partie essentielle d’elle n’était pas morte du tout, mais qu’elle vivait très résolument dans mon cerveau11.
Le livre qu’il a écrit s’intitule I Am a Strange Loop [Je suis une boucle étrange]. Son argument est que, en tant qu’êtres humains, nous sommes des boucles étranges et nos boucles s’interpénètrent les unes les autres. Et c’est la chose la plus locale que l’on puisse imaginer, la chose la plus particulière et la plus relationnelle que l’on puisse imaginer. Et pourtant, une vaste société — 330 millions — dépend de ce lien local et de centaines et de centaines, de millions et de millions de ces liens locaux. Qu’est-ce qui constitue une nation ? Il y a un certain niveau de confiance fondamental, nous permettant de nous faire confiance les uns les autres. Il y a un certain niveau de fraternité fondamental, c’est-à-dire que nous nous comprenons fondamentalement les uns les autres à un certain niveau, que nous partons du principe que nous avons une humanité commune. Il y a une histoire commune.
En Amérique, notre histoire est semblable à celle de l’Exode. Nous avons quitté l’oppression, nous avons traversé le désert, nous sommes arrivés à la terre promise et nous avons essayé de construire ce nouveau pays. Moïse allait être sur le grand sceau des États-Unis ; Benjamin Franklin le voulait ainsi. Martin Luther King a davantage parlé de l’Exode que du Nouveau Testament. Pour les groupes d’immigrants, pour les gens de cette église, l’Exode est un grand récit, et c’est le grand récit unificateur de notre pays.
Nous avons aussi besoin d’un grand projet commun, de choses que nous faisons ensemble. Dans la Genèse, la création de l’univers est décrite en neuf versets. Dans l’Exode, la création du tabernacle se poursuit sur 300 versets. Pourquoi est-ce que cela dure si longtemps ? C’est parce que les Israélites étaient un peuple divisé qui avait besoin d’être unifié en un peuple commun. Et si l’on veut unifier un peuple, ceux-ci doivent pouvoir travailler ensemble sur un projet commun.
Ma description préférée d’une communauté vient de Jane Jacobs. Elle vivait dans le quartier du Lower West Side de New York vers 1960. Elle était à l’étage et regardait la rue depuis son appartement, et elle a vu un homme tirer avec colère une fillette de neuf ans. Jane Jacobs ne savait pas s’il s’agissait d’un enlèvement ou simplement d’un père qui disciplinait sa fille. Elle était sur le point de descendre pour vérifier la situation, juste pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un enlèvement, mais alors qu’elle descendait, elle a regardé dans la rue et a remarqué que la femme du boucher était sortie de la boucherie. Le marchand de fruits était sorti dans la rue. Le serrurier était sorti dans la rue. Jane a écrit : « Cet homme ne le savait pas, mais il était entouré. Personne n’allait laisser une petite fille se faire entraîner de force, même si personne ne savait qui elle était. »
Pour moi, c’est ce qu’est la communauté. C’est un groupe de gens qui prennent soin les uns des autres, un groupe de gens qui se voient et se voient en profondeur, prenant le temps d’entrer réellement en relation les uns avec les autres, de dépendre les uns des autres, d’étayer les histoires les uns des autres, et d’étayer le comportement les uns des autres.
Anne et moi avons un ami qui s’appelle Rod qui vit dans le nord de la Louisiane. Sa sœur Ruthie est décédée à un âge tragiquement jeune. Elle était enseignante, et tout le monde l’aimait dans la ville. Elle faisait quelque chose pour la ville la veille de Noël : elle allait au cimetière et mettait une bougie allumée sur chaque pierre tombale juste pour rendre hommage aux morts. Elle est morte juste aux alentours de Noël.
La veille de Noël, Rod a demandé à sa mère : « Est-ce que tu veux aller au cimetière ce soir et faire ce que Ruthie faisait ? Mettre des bougies là-bas ? »
Sa mère a répondu : « Tu sais, je le ferai dans les années à venir, mais ça m’anéantirait en ce moment. C’est juste trop tôt. »
Alors, ils ont décidé de ne pas le faire. Alors qu’ils traversaient la ville en voiture pour se rendre chez une famille, ils sont passés devant le cimetière et ont vu que quelqu’un d’autre avait mis une bougie sur chaque pierre tombale. C’est ce qui se passe dans une communauté : les comportements, les normes et les dons sont reproduits et diffusés par des personnes qui sont profondément engagées et qui se voient en profondeur les unes les autres.
Selon moi, le résultat final de tout cela est une sorte de joie. On peut être heureux en étant seul. On gagne un match, on obtient une promotion, on se sent important. Le bonheur est l’expansion de soi. Mais la joie est la fusion de soi. C’est le genre de chose qui se produit quand on oublie où l’on finit et où autre chose commence, lorsque l’on se voit réellement en profondeur.
J’ai un ami qui s’appelle Christian Wiman, un poète qui vit à Prague. Un jour, alors qu’il écrivait ses poèmes à la table de la cuisine, un faucon s’est posé sur le rebord de la fenêtre. Il a fixé cet oiseau du regard, et il a été stupéfait par sa beauté. Il a appelé sa copine, qui était dans la douche : « Viens ici. Il faut que tu voies ça ! »
Sa copine est sortie précipitamment, trempée jusqu’aux os, et ils ont juste admiré la beauté de l’oiseau. Puis l’oiseau, qui regardait la rue, s’est tourné et a fixé Wiman droit dans les yeux. Wiman et l’oiseau se sont juste regardés. Et Wiman a dit : « J’ai senti mon estomac s’écrouler. J’avais l’impression de contempler des siècles. » Il vivait un moment avec la création éternelle.
Sa copine a compris l’importance du moment et a dit : « Fais un vœu, fais un vœu. »
Wiman a écrit un poème sur cette expérience, dont une strophe est la suivante : « J’ai souhaité et souhaité et souhaité que le moment ne se termine pas. Et juste comme ça, il a disparu13. »
Ce dont j’ai parlé aujourd’hui est quelque chose qui semble apolitique – ce n’est pas une question de démocratie ; il s’agit simplement de se voir les uns les autres. Et pourtant, il me semble que c’est la colle qui nous maintient tous ensemble. Nous essayons de faire quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant, quelque chose qui est incroyablement difficile : nous essayons de construire la première démocratie multiculturelle de masse. Nous devrions nous accorder un peu de grâce. C’est une chose difficile à faire. Mais cela ne se fait que si nous prenons le temps de nous regarder chacun dans les yeux et de chanter ces paroles les uns aux autres.
Merci beaucoup.
© David Brooks. Tous droits réservés.
1. Elizabeth Gilbert, Mange, prie, aime, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste (Paris : Calmann-Lévy, 2007).
2. Voir David Brooks, The Road to Character (New York : Random House, 2015).
3. Voir Dr. Seuss, Oh, the Places You’ll Go! (New York : Random House, 1990).
4. John Ruskin, Modern Painters, vol. 3, partie 4, Of Many Things (New York : John W. Lovell, 1885), chap. 16, « Of Modern Landscape », paragraphe 28, p. 286 ; emphase dans l’original.
5. Voir Brooks, Road to Character, p. 211 ; aussi pp. 186–212.
6. Voir John Bowlby, A Secure Base: Parent-Child Attachment and Healthy Human Development (New York : Basic Books, 1988), p. 62. Bowlby a écrit : « Nous tous […] sommes les plus heureux lorsque la vie est organisée comme une série d’excursions, longues ou courtes, à partir de la base sûre fournie par notre (ou nos) figure(s) d’attachement. »
7. Voir Richard Rohr, Adam’s Return : The Five Promises of Male Initiation (New York : Crossroad, 2004), p. 37. Rohr a écrit : « Si nous ne transformons pas notre douleur, nous la transmettrons sous une forme ou une autre. »
8. Voir Paul Tillich, The Shaking of the Foundations (New York : Charles Scribner’s Sons, 1955), p. 56 ; aussi pp. 52-63, 161-162. Voir aussi Brooks, Road to Character, pp. 94, 206.
9. Richard Rohr, Falling Upward : A Spirituality for the Two Halves of Life (San Francisco : Jossey-Bass, 2011), p. 117 ; voir aussi pp. 118-125.
10. Dans Anne Snyder, The Fabric of Character : A Wise Giver’s Guide to Supporting Social and Moral Renewal (Washington, DC : Philanthropy Roundtable, 2019), p. 23.
11. Douglas Hofstadter, I Am a Strange Loop (New York : Basic Books, 2007), p. 228.
12. Jane Jacobs, The Death and Life of Great American Cities (New York : Vintage Books, 1961), p. 39 ; voir aussi pp. 38-39.
13. Christian Wiman, « Postolka (Prague) », Atlantic, Culture, 1 janvier 2002, https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2002/01/postolka-prague/378272.

David Brooks, commentateur politique et culturel et chroniqueur pour le New York Times, a prononcé ce discours lors d’un forum le 22 octobre 2019.